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16/04/2009

"Il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l'on ta confisqué" - Mohamed Moulessehoul - Yasmina Khadar

P1060637 [800x600].JPG« Mon âme, à la manière des herbes qui couronnent les cols et flottent selon les jours d’un côté de l’ensellement ou de l’autre, penche vers l’ubac (le versant du nord) pour la pensée et vers l’adret (le versant du soleil) pour l’action, pleine d’énergie et de santé quand il s’agit de courir le monde, terrassée par la peine quand il faut l’observer. » Petit Traité de l’immensité du monde, Sylvain Tesson.

Si moi je n’y crois pas qui le croira  (cf. cette note ci (cliquez) ?) Nous ne sommes jamais ou rarement soutenus dans les projets qui paraissent farfelus, démesurés, causes déclarées perdues, difficiles à mettre en œuvre. Ce n’est pas la première fois que je nage à contre-courant, ou me réalise là où on ne m’attend pas. C’est pénible et éprouvant aussi parfois. La récompense vient rarement immédiatement, mais quand les rêves après les efforts se concrétisent nous en tirons une immense satisfaction et un bonheur très particulier.

Seuls les « fous », les passionné(e)s, les artistes, quelques proches malgré tout, peuvent comprendre. Dans mon monde tout est possible… Un ami m’a rappelé récemment que je lui avais asséné cette conviction depuis quelques années. Pour les illuminés de châteaux en Espagne, il est parfois difficile de ne pas douter de la nécessité de s'investir, et de préserver cet acharnement à tenter de forger un monde différent à défaut de le rendre meilleur. La tête dans les étoiles, je me sens souvent isolée, malgré quelques fleurs qui fort heureusement égaient mon ciel.

Les hommes seront toujours des hommes avec les bons, les méchants, les je-m'en-foutiste, les investi(e)s. Constater l'imperfection de l'humanité pour une idéaliste humaniste ca peut faire virer a la misanthropie. Passages obligés de cynisme, existentialisme, désespoir, absurde.

Car lorsqu’on accepte de lever le voile qui souvent couvre nos yeux, nous prenons par la même occasion conscience de l’immensité des plaies du monde, de l’inconscience et irresponsabilités de l’humain. Je rejoins les désabusés et les inquiets concernant l’avenir écologique de notre planète. Depuis le début de mon voyage, je vois à quel point l’homme prend si peu soin de la terre. Les déchets non biodégradables salissent partout la beauté de l’Inde. Les buildings toujours plus hauts – égo des hommes – et constructions modernes désorganisées s’accumulent à Hong-Kong… Nous tuons lentement mais sûrement notre Espace. Seuls acteurs de notre salut ou notre destruction, à nous de choisir librement, mais en étant prêts à en assumer les conséquences. L’addition s’annonce salée, si des mesures ne sont pas prises rapidement et si nous ne voulons pas transformer notre environnement en poubelle géante. Nous ne sommes pas très loin du conte animé Wall-E. Ma fascination pour l’Urbain est à ce titre ambigu. « Le wanderer que je suis redeviendra humaniste lorsque cessera la suprématie du mâle. Il souffre à chaque instant de se heurter où qu’il porte ses pas (aux rares exceptions des pays scandinave, de certaines vallées himalayennes et des jungles primaires) à la toute-puissance de la testostérone. » - idem.

Contrairement à l’auteur et sa lassitude vis-à-vis des hommes que l’on ressent à la fin de son ouvrage, l’Inde m’a apaisée. Observer ce pays si contrasté m’a donné la réponse que je refusais d’admettre. Accepter l’Humain, son ying, son yang, capable du pire et du meilleur, ça sera toujours ainsi. Inch allah. « La liberté est un pouvoir réel et une volonté réelle de vouloir être soi. Une puissance pour bâtir, pour inventer, pour agir, pour satisfaire à toutes les ressources humaines dont la dépense donne la joie » - Aden Arabie - Paul Nizan (Merci Jo.)

Car il y a des choses qui donnent du sens, malgré ces éclairs de lucidité rationnelle qui nous montrent que nous menons une œuvre sisyphienne. Si l’existentialisme est un humanisme, l’existentialiste du XXIème siècle doit rêver à nouveau, renoncer à la facilité de son esprit fataliste et triste cédant le pas à la décadence. L’air du temps en Occident me fait parfois penser aux orgies romaines. Je ne suis pas une exception qui confirme la règle. Il est plus difficile de rêver parmi les ronces que de noircir un paysage déjà fort grisé. Je n’attends plus Godot, je vais le chercher. La crise adolescente de nos prédécesseurs – J. P. Sartre en 1960 dans sa préface du livre Aden D’Arabie de Paul Nizan, constate : « (…) nous avons tant de fois trahi notre jeunesse qu’il est simplement décent de la passer sous silence. ». - qui a bercé notre culture, a ouvert la voie à une somme d’infinis possibles.

S’ils existaient des nouveaux révolutionnaires aujourd’hui, peut-être nous ordonneraient-ils de croire que tout est désormais envisageable pour reconstruire différemment ce qui a été remis en question. Entre mai 68, « Dieu est mort », la « religion opium du peuple »,  il est sans doute temps de proposer une ou plusieurs alternatives créatrices, spirituelles dans laquelle les hommes pourraient à nouveau s’appuyer. Entre l’Inde polythéiste et la Chine matérialiste ne vénérant que le dieu Argent, il y a certainement un intermédiaire.

Il faut alors remettre son armure de poussières d’étoiles pour rêver d’un autre à-venir, et inviter les autres à rejoindre notre farandole, quelles que soient les causes défendues, car à travers leurs soutiens nous puisons aussi notre force. « La foi peut déplacer des montagnes ».Evangile Saint-Matthieu (17-20)

J’ose alors regarder la misère du monde et les faiblesses humaines en écoutant la voix silencieuse qui me guide à travers mes différents projets, me pousse à avancer et me battre néanmoins pour toutes les belles choses dont sont aussi capables les hommes. Je prends le meilleur en acceptant le pire, mais en le laissant sur le bas-côté pour continuer ma route. Quand sera venu le moment de l’inconnu, je pourrais dresser la carte des différents chemins que j’aurais empruntés sans boussole.


Post- Scriptum

Je pense aux actions de Mél, Nanou, Manu pour Solidarité Sida. Je pense à Génération précaire, Jeudi noir et j’en passe de Julien Bayou. Je pense aux chantiers auxquels participent Anne-Laure. Je pense à ces cours d’alphabétisation de Julia et Anne-Laure. Je pense à la démarche artistique de Carole. Je pense aux croyants de Lourdes (Nico J. et les autres…) qui tous les ans vont aider pendant une semaine à laver, aider des personnes âgées ou des handicapées. Je pense à Charles RdC qui mène ses actions avec des personnes à la rue en menant par ailleurs sa vie de consultant. Je pense au fait qu’être à Kaboul pendant quelques années change à vie notre vision du monde, et que personne qui n’a pas vécu ce que tu as vu ne pourras réellement comprendre. Je pense à Guigobey et à Tom B qui travaillent à la Croix Rouge, l’un au Darfour, l’autre en Ouganda. Je pense Victor Sylar et son regard tranchant sur le monde, qui cherche encore certes mais est sur sa voie. Je pense à mes discussions avec Laurent’s friends et Yog avant mon départ à propos d’actions solidaires. Je pense à Manu K qui cherche un métier qui ait plus de sens que de remplir son compte en banque toutes les fins de mois. Je pense à Ludal que j’ai réussi à emmener avec moi et qui a été le premier « Neirien », merci Ludal.

Je pense aux actions de ma mère comme Solidarité Tours Nord et tant d’autres infimes attentions qu’elle a pu mener, que j’ai pu observer au quotidien, bien qu’elle croie parfois que je ne le vois pas. Je pense à mon père qui œuvre à travers des actions médicales ou via des orphelinats au Vietnam depuis des années. Je pense à ma sœur qui fait de sa vie une générosité humaine permanente. Malgré nos différents sur certains sujets, je suis fière des valeurs que vous m’avez transmises. Loin de vous, je retrouve et consolide mes fondements. L’essentiel n’est ni dans le matériel, ni dans l’apparence, ni dans le statut social. « Qui n’est pas capable d’applaudir des deux mains à l’effondrement de son bien n’est pas totalement mûr pour le vagabondage. Je ne connais pas encore cette félicité perpétuelle et absolue.» Sylvain Tesson, idem. Tous les hommes sont égaux ramenés à l’humain. Parfois nous nous perdons…. Parfois.

Je pense à des discussions sur la vie avec Roberto. Je pense à Aude D. qui est au fin fond du Brésil pendant des mois pour aider un centre, je pense à Amélie M. qui va partir au Bénin cet été aider des gamins aussi. Je pense à Dwanted que j’ai vu envoyer des sous bien des fois en Afrique ou Amérique latine malgré son faible salaire. Je pense à Bellam dont le caractère ne fait que mieux dévoiler une femme de cœur prête à se battre pour les causes dans lesquelles elle croît. Je pense à Ejoe et Alain avec qui j’ai eu bien souvent des réflexions sur le nécessaire besoin de sens et leur management « humaniste », leurs problématiques pour conserver leur idéaux et leurs statuts. Je pense aux fondateurs de Café Babel. Je pense à la générosité qui souvent me désarme d’Alain P. qu’il traduit dans sa cuisine et son comportement. Je pense à A. G. toujours attentionné aux attentes de celui/celle qu’il laisse rentrer dans son univers. Je pense à mes amis d’enfance qui ont toujours été là, ma « famille » d’adoption. Je pense à ceux qui m’ont accueillie très généreusement chez eux depuis le début de mon voyage. Je pense à mon « équipe » neirienne qui ne sait pas où elle s’embarque mais accepte néanmoins de me suivre… Et j’en oublie encore… Pardon pour vous que j’oublie.

Nous ne partageons pas tous/toutes les mêmes idées politiques, les mêmes fois ou batailles mais j’admire vos actions, j’admire vos rêves, j’admire vos passions, j’admire vos idéaux pour lesquels vous voulez agir pour tenter d’apporter une pierre civique chacun à votre manière à ce monde dont pourtant nous savons qu’il ne sera jamais « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » - Candide, Voltaire. Les utopies ne sont que fantasmes. L’homme restera un homme mais grâce aux rêveurs, humanistes, idéalistes et certain(e)s artistes, « il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir. » - Matisse. Merci à vous qui êtes mon oxygène.

Commentaires

rhôôôôôôôôôôôô!
sais pas quoi dire!
des bisous, des bisous ma Lau. Tu ne me manques pas !
ps : un tres tres joli billet

Écrit par : bellâm | 16/04/2009

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Lolo présidente !

Écrit par : Manu | 16/04/2009

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