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« Mystère indien n°1 | Page d'accueil | Lundi 23 mars - 7ème jour - Delhi »

31/03/2009

Ô temps suspend ton vol....Bangalore... 1h07 du mat'...

P1050465.JPG"Le voyage est un rezzou lancé sur le monde extérieur par le voyageur, ce prédateur en chasse qui revient un jour chez lui, lourd de butins. Un voyageur digne de ce nom ne peut s'intéresser à lui-même et cherche hors de soi matière à l'émerveillement", Petit Traité sur l'Immensité du monde, Sylvain Tesson. C'est peut-être pour cette raison que j'ai tant de mal à poursuivre l'exercice scolaire du "carnet de bord" (mais vous l'aurez dès que je peux, la semaine en "digest".) Ca me parait assez vide finalement, parfois difficile de retranscrire par un simple descriptif ce que je ressens et/ou vis. 13 jours que je suis partie...

Psychologiquement j'ai l'impression d'être partie depuis longtemps, ce, malgré le fait que je suis encore "connectée" à certain(e)s de mes proches. Le temps passe à la fois lentement et très vite... "Demain"  (le 8/04) déjà et je serai à Hong-Kong, alors que je n'ai  fait que "goûter" à ce que l'Inde pouvait m'apprendre. Je n'aurais pas le temps. L'"effleurage" des cultures que je traverse, ces gens que je rencontre, six mois c'est trop court. Nomade éternel(le) ? L'infini des possibles."La mosaïque du monde est riche de tant de carrés, comment perdre du temps sur son misérable tas de secrets intérieurs ?" (idem).

J'ai quitté Delhi ce matin (hier pour la lecture de cette note en France), pénible impression de passer mon temps à dire"au revoir" ces derniers temps. Ma mobilité a toujours un prix. "Au revoir" ou "Bonjour" les autres, m'a dit Ludo ce matin, alors que je le quittais. "A bientôt ici ou ailleurs", Anouck. J'ai dit "Bonjour" à Antoine & Linda en arrivant à Bangalore.

Quelques personnes croisées à Delhi m'ont demandé comme une évidence quand je revenais du Sud de l'Inde, convaincues parfois que moi aussi j'étais installée à Delhi. Non, de passage. Passagère clandestine de vos tranches de vie que je suis venue partager avec vous pour avoir une mise-en-bouche de ce que pourrait être ma vie en Inde. Je suis venue oublier tout ce que je sais, tout ce que j'ai appris. Devant toi, je me pose humblement en demandeuse. Je ne sais qu'une chose c'est qu'aujourd'hui je ne sais rien. " .. (Le voyageur) rêve au contraire que l'univers conserve le visage de ces forêts semper virens où un seul hectare recèle cent cinquante espèces d'arbres distinctes luttant pour la lumière dans la joyeuse violence du divers." (idem). Toi, qui que tu sois, apprends-moi. Comme une enfant à ses premiers balbutiements, je demande souvent : "And how do you say that, and that ?" et je répète.

Paris m'étouffait. Paris et "ses possibles/pas possibles", Paris et ses carcans bien-pensants même dans la décadence. Paris P1020745 [800x600].JPGconservatrice, Paris enfant "gâtée". Paris que j'aime pourtant aussi pour tout le charme qu'elle a aussi, Paris au patrimoine culturel si vaste, Paris et ses p'tits cafés, Paris charmante, Paris, la nuit surtout... Paris, quand à nouveau souris-tu, mademoiselle capricieuse, si blasée, si cynique, si déchantée ? Quand renaîtras-tu de tes rêves brisés ? Toi, ville si magnifique. Le béton et non-perspectives t'ont-ils oté ton humanité, tes rêves, tes espoirs ? .... Et pourtant, il y a une belle énergie éparse, des étoiles dans ton ciel noir, sombre, morose. Paris, la coquette se fanerait-elle ? Paris en crise, réagira-t-elle ? Paris, je t’aime, mais comme tous ceux que j’ai aimés, je t’ai quittée, pour ne pas m’enfermer dans ta dépression. Une remise en question nécessaire... « Pour bien vagabonder, il faut peu de choses : un terrain propice et un état d’esprit juste, mélange d’humeur joyeuse et de détestation envers l’ordre établi » (idem). Toi, ici, comment  traverses-tu cette crise planétaire ? Tu n'y penses pas dans ton rickshaw, chaque jour suffit sa peine.  Les plus haut placés observent le marasme en attendant les décisions des Décideurs, mais constatent  l'échec d'une politique qui a aussi trop misé sur des visions de courts termes de gains rapides... pas uniquement dans les secteurs financiers, mais industriels (tout faire fabriquer dans les pays à la main d'oeuvre pas chère et négliger qu'en exportant la fabrication ça enlevait aussi des emplois locaux... Et là de citer des multinationales). Ce sont des comportements qui doivent changer. Gâchis et sur-consommation. Chacun doit prendre ses responsabilités, les Politiques surtout. Les expats s'accordent de Delhi à Bangalore pour dire qu'il y a tellement à faire ici, que ça ira. L'Inde s'en sortira aussi, car finalement ça ne change pas beaucoup le quotidien de la plupart :  travailler pour survivre. Beaucoup de philosophie face à cette crise, mais pas de drame, simples constats. (photo ci-dessusprise par Oneiri - Les Invalides, mars 2009)

Bangalore, après 12 jours à Delhi. Delhi la grouillante, Delhi l’épuisante, Delhi la cour des miracles, Delhi la contrastée, Delhi m’a plu pour sa complexité. Mais Delhi est sale, Delhi est une ville difficile pour le regard qui n’y est pas préparé(é) et guidé(e).  Delhi exige de nous forcer à être inhumain(e), froid(e), dur(e) quand les gosses insistent à votre fenêtre, quand une femme se plante devant vous avec son bébé (ou celui d’une autre) aveugle, quand un estropié, mutilé sautille peau sur les os entre les voitures, quand vous voyez tant de gens dormir par terre sur les trottoirs ou au milieu des détritus. Delhi exige des oeillères pour ne pas se laisser submerger par l'immensité de la pauvreté. Delhi est très éprouvante à cause de cela. Il faut prendre sur soi, s'aveugler consciemment. Mais comme le soulignait Anouck, à force, ça finit par devenir malsain, car  ça  fait partie du "paysage"  (y compris pour les Indiens eux-mêmes). Je pense à tous nos propres SDF qui dorment dans les métros.

Paradoxe. J’envoie balader ces enfants de la rue car c’est entretenir les réseaux malfaiteurs et je vais deux fois dans l’orphelinat de Asha Niwas pour apporter soutien de mon association aux 57 gamines, pour apporter cahiers et crayons et deux trois friandises. Moment très fort émotionnellement parlant. Contraste. Je passe des hôtels 5 étoiles, hommes d’affaires et compagnie au campus de l’université IIT. Saveurs. Des épices sur mes papilles. Coup de cœur. Alka Pande, Sœur Lili. Deux femmes au parcours atypiques. Alka Panda s’est imposée en tant que référence dans l’art après des études économiques. Femme à la forte personnalité, fidèle aux traditions et la culture indiennes. Elle aime son pays, en est fière aussi. Sœur Lili, mène son action pour ses 2 centres  d'orphelines d’une main de fer. Femmes fortes aux grands cœurs, Delhi, je reviendrai, tu m'as happée. « Quelle que soit la direction prise, marcher conduit à l’essentiel. » (idem).

(Merci V. S. pour cette musique)

Commentaires

Et ben moi, je vais le voir ce soir Roy Hargrove. Au New Morning.
DB

Écrit par : DB | 31/03/2009

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