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23/03/2009

L'immensité du monde....

P1040546.JPG« Le propre des voyants est de ne jamais se satisfaire de ce dont leurs yeux se contentent. (…) Un voyageur doit être capable de glisser du brin d’herbe au cosmos et d’imaginer des planisphères dans les nuages qui passent au-dessus de sa tête. Si un grain de sable suffit à lui contenter l’esprit, son bonheur sera immense d’être jeté dans l’erg ! » - extrait de Petit Traité sur l’immensité du monde, Sylvain Tesson. (Merci Micro).

Il y a différentes manières de voyager et différents types de voyages. Lorsque j’ai annoncé mes six mois de break, les réactions ont été presque aussi variées que les personnes. Au début, nous écoutons, nous prenons note, et nous nous laissons - sans s’en rendre compte - embarquer par la vision du voyage de l’autre. Leurs rêves, leurs projections, leurs désirs s’ils étaient à ma place. Mais personne n’est à ma place, personne d’autre que moi n’a pris la décision de partir et de concrétiser un désir, un rêve, un besoin vital. Je suis l’unique actrice de ce que ces six mois seront.

Une des attitudes récentes a été de me dire de « déconnecter », référence au fait que je poste mes albums sur FB, et que j’écris sur ce blog régulièrement, quotidiennement. C’est une contrainte que je me suis imposée pour différentes raisons (donner des nouvelles à mes parents/proches déjà mais aussi pour les différents projets que je mets actuellement en place), mais ça dépasse l’exercice. Ecrire est un besoin vital me concernant. J’ai décidé de partir seule, mais je n’ai pas décidé de ne pas partager ces moments avec ceux que j’aime. Le partage est un des fondements de notre humanité."(...) Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas de commandement plus grand que ceux-là." Mc 12, 28-34, La Bible (Merci Elo)


Vous qui prenez du temps pour lire ces lignes, je vous tente de vous emmener avec moi en partageant ces vagabondages réels et intérieurs, vous qui êtes restés à Paris ou ailleurs. Vous que je connais ou pas d’ailleurs.

Lorsque nous sommes à Delhi, loin de Paris, de France de son quotidien, on est déjà déconnecté, décalé, et très rapidement tout nous parait fort loin – en tous les cas me concernant. La notion du temps devient très particulière. J’ai mis 2 jours à cesser de tout planifier pour me laisser uniquement écouter mon rythme biologique, mes envies, le temps qui passe, le climat. L’attitude de « consommation » touristique est passée pour faire la place à qu’ai-je envie de faire réellement à l’instant T.

Cet après-midi du vendredi 20, j’avais envie de me poser un à Lodi Garden, et tant pis si je ne verrais pas « tout ce qu’il y a à voir à Delhi ». J’y suis restée une bonne heure et demi. Mon voyage est une anti-course contre la montre, même s’il est ponctué ci et là de contraintes qui me poussent à ne pas végéter au même endroit. La liberté maximale s’acquiert dans la gestion de la contrainte… Pas celle des autres, celle que l’on se fixe. Difficile de garder ce cap au quotidien. Je me sens très loin de l’agitation parisienne, quand bien même je reste informée de ce qui s’y passe, en tous cas ce qui concerne mes proches.

Je ne ressens pas le besoin de « briser » les liens, car je ne suis pas partie pour fuir une situation déplaisante. Je suis partie pour me retrouver certes, mais pas pour effacer mon passé, ou blacklister une vie qui ne me conviendrait pas. Ma vie à Paris me plaît, bien que j’ai ressenti une réelle nécessité de ré-ajuster mon diapason, me sentant trop facilement embarquée par cette succession de sorties, fêtes, rencontres, obligations en tout genre – que souvent je m’impose -, et surtout, surtout… arrêter de courir derrière le temps et recadrer les choses. Ni le matériel, ni la frivolité ne sont essentiels. « Je me laisse faire, sans résister, parce que j’ai détecté dans le voyage aventureux un moyen d’endiguer la course des heures sur la peau de ma vie. (…) (J)’en suis venu à la conclusion que le nomadisme est la meilleure réponse à l’échappée du temps. Mon but n’est pas de le rattraper mais de parvenir à lui être indifférent. » - Petit Traité sur l’immensité du monde, Sylvain Tesson.

Profiter de Delhi c’est pour moi vivre avec les gens qui y habitent, travaillent. Partager leurs quotidiens qu’ils soient expatriés ou autochtones, leurs sorties, leurs repas, leurs manières de voir l’inde naturellement influencées par leurs vécus. Plus je vois des gens évoluant dans différents contextes, mieux je peux me faire une infime idée de l’esprit indien. Car c’est une culture excessivement complexe comparativement à d’autres que j’ai pu côtoyer. Voyager en ne faisant rien, si ce n’est « éponger » les sons, les odeurs, les paroles, s’intégrer le plus vite possible à travers les différentes sphères que je croise. Saisir l’ « Esprit » d’une cité ne passe pas uniquement à travers les « choses à voir » ou « à faire ».

Un touriste ne « saisit » pas Paris et la mentalité parisienne en visitant le Louvres, la Tour Eiffel, prenant un bateau mouche, ou visiter la cathédrale. Un touriste ne comprend pas Paris en mangeant un pain au chocolat, ou en dinant dans le restaurant recommandé. Il passera à côté d’un référent culturel sociétal, mais il ne connaîtra pas « Paris ». Un touriste comprend Paris en devenant Parisien, vivant comme eux, discutant avec eux, traversant les différents arrondissements qui sont chacun des microcosmes. Paris, ce sont les vies de quartier, les antagonistes rive droite rive gauche souvent basés sur des a priori. Paris c’est autant le quartier de Belleville où cohabitent asiatiques, maghrébins, israëliens que la branchitude du Marais, les étudiants du quartier latin, les bobos du 11ème, les bourgeois du 7ème, les familles du 20ème ou du 15ème… et j’en passe. La caricature est volontaire, il faudrait un manuscrit pour décrire Paris. Une myriade de micro-univers où les comportements sont sous-tendus par des règles malgré tout assez précises. La somme de ces micro-ensembles formant une identité : Paris.

Photographier une ville n’est pas uniquement s’intéresser aux monuments, mais à la faune, la flore, l’architecture… Projet de vie un peu fou que de faire la bio-photographie de quelques cités… Si j’arrive à dresser le portrait le plus « juste » possible de 5 cités dans le monde, je serai déjà fort heureuse. Combien de fois ai-je du revenir à New-York pour à peine percevoir les différentes Essences de cette ville ? Lorsqu’on découvre une première fois une ville, nous faisons rarement de « bonnes photos », étant confronté(e) à une excitation de tous les sens grâce ou à cause de la nouveauté. Il faut pour autant préserver ce regard « neuf » en l’affinant au cours des re-voyages. La découverte ne favorise pas l’observation. Mon voyage est un gros repérage. Ce n’est que le début d’une aventure plus vaste où ma vie seule ne suffira pas à assouvir cet énorme besoin de découvertes perpétuelles des « autres ». C’est ainsi, il faut l’accepter. A défaut d’être universelle, je choisirai quelques parcelles de l’Immensité du monde.

« Il est cependant une autre catégorie de nomades. (…) Ils vont seuls, avec lenteur, sans autre but que celui d’avancer. (…) Combien de mes expéditions sont-elles nées chemin faisant ? Vivre c’est faire de son rêve un souvenir. (…) C’est pour contempler le monde, boire à sa coupe et m’en gorger que je le sillonne. » - Petit Traité sur l’immensité du monde, Sylvain Tesson.

Commentaires

comme je suis fière de ma fille Laurence comme de mon aînée emmanuelle,poète sensible, curieuse avec de si grandes capacités comme par exemple ce blog
bravo MOM

Écrit par : solange | 25/03/2009

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@ Mum : thanks but a part of me and my accomplishments is thanks to you too ... (my family)

Écrit par : Lau | 26/03/2009

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